Les débuts
du christianisme
au nord du
Bas Danube.
Le rôle des
évêques
Eutimiu Stefan Lifa
Les sources littéraires et
découvertes archéologiques attestent l'existence d'un nombre impressionnant de
missionnaires et de martyrs chrétiens dans les régions danubiennes;
conformément aux appréciations faites, seulement à Tomis s'en trouvent plus de
601. Nous pourrions partager cette période en trois grandes
parties:
Ainsi, probablement même
du temps de Diocletian, nous trouvons l'évêque Irineu de Sirmium2,
qui a été mené dans la Pannonie et martyrisé à l'ordre du gouverneur Probus (Acta Sanctorum, mart., III, 553).
Les empereurs romains sont
devenus de plus en plus faibles dans leur lutte contre le christianisme, ainsi
que, le 30 avril 311, Galerius a donné le premier édit de tolérance, suivi
ensuite par les mesures mentionnées ci-dessus, prises par Constantin et
Licinius et violées par le dernier entre 320-324. La persécution s'est exercée
aussi autour des territoires du Bas Danube. Ainsi, à Singidunum, peut-être même
avant 313, ont été martyrisés le diacre Emil et son gardien converti, Stratonic3.
Depuis cette période, "dans la cité
de Tomis on célèbre la fête de trois jeunes frères: Argaeus, Marcisous et
Marcellinus (Acta Sanctorum,
ian., I, 82), la fête de Titus Episcopus
ou, mieux dit, Theogenes, le fils d'Episcopus" (Acta Sanctorum, ian., I, 133) et de Philus Episcopus (Acta Sanctorum, ian., I, 124).
Les communautés
chrétiennes sont devenues de plus en plus nombreuses et puissantes. Ainsi,
"les frères croyants Eutyches,
Eustatius, Zoticus ont enterré [Philus Episcopus] pendant la nuit à côté des murs de la cité, dans la propriété agricole
d'Adamantius [qui était, lui aussi, très croyant], dans une grotte souterraine" (Acta Sanctorum, ian., I, 135).
De cette période de début
nous avons de nombreuses sources concernant l'influence spirituelle exercée par
l'Empire. Nous connaissons l'histoire d'Epiclet et d'Astion, dont on a
découvert le martyrium à Halmyris4. Originaires de l'Asie Mineure et
y persécutés pour leur croyance, tous les deux, tout comme d'autres chrétiens,
se sont refugiés vers les zones danubiennes. Arrivés à Halmyris, ils ont été
martyrisés, mais ils ont laissé après eux une multitude de disciples. Les
parents d'Astion, venus eux aussi de l'Asie Mineure, ont été christianisés
aussi. De leur histoire nous connaissons le nom du premier prêtre chrétien de
chez nous (Epiclet) et le fait qu'environ l'année 300 nous avons ici un diocèse
conduit par l'évêque tomitain Evanghelicus. La tombe de ceux-ci deviendra lieu
de pélérinage pour les croyants5.
Un Zoticus est mentionné
aussi dans Le Sinaxaire de l'Église de
Constantinople (sept., 13, 7-24) à côté d'autres chrétiens: Macrobius,
Gordianus, Ilie, Lucian et Valerianus. Et l'hypothèse des fuyards, des exilés se confirmera lorsque
nous apprenons que, d'entre ceux-ci, "Macrobius
était de Capadochia, et Gordianus était de la province de Paflagonia. Ils ont
été exilés en Scythia. Là ils ont été martyrisés", comme nous montre
le document mentionné ci-dessus. Nous avons tous les motifs pour croire qu'il y
avaient aussi d'autres fuyards ou exilés arrivés sur ces territoires, des chrétiens
qui ont répandu l'Évangile6. Avant le martyre de Saint Sava, noyé
dans la rivière Museion (Buzău peut-être), il y a aussi les premiers
témoignages écrits sur le fondement de certaines églises nord-danubiennes attribuées aux Audians qui tirent leur
nom d'"Audios, qui a vécu au temps de Rui Arius"
(Epiphanios, Contre les 80 hérésies,
14, 5).
Une contribution
importante à la propagation de la nouvelle religion dans les régions
nord-danubiennes a été apportée aussi par les captifs pris de l'Empire. Le plus
significatif épisode dans ce sens se trouve dans l'oeuvre de Philostorgios (L'histoire
de l'Église, II, 5). Conformément à ses dires, les Gothes "ont pris beaucoups de prisonniers, parmi
d'autres des clercs aussi, et ils se sont retournés à la maison avec beaucoup
de pillage. Ces prisonniers et hommes pieux vivant ensemble avec les barbares
ont converti beaucoup d'entre eux à la vraie croyance et les ont convaincus à embrasser la religion
chrétienne au lieu de la croyance païenne". De ces prisonniers ont
fait partie aussi les ancêtres de Wulfila, "d'origine capadochienne, nés auprès de la ville de Parnassos, dans un
village appelé Sadagolthina"
Le plus connu des
missionnaires sud-danubiens a été probablement Wulfila. Il n'était pas le
premier évêque de ces régions, mais il avait suivi à "Teofil de la Gothie" (Socrate Scolasticul, L'histoire de l'Église, II, 41).
L'évêque Teofil avait eu comme disciple le Saint Nichita aussi, une autre
figure remarquable parmi les missionnaires de ces années-là. L'évêque Teofil de
la Gothie a participé aussi au Synode de Serdica (Analecta Bolandiana, XXXI) où, selon Anastasie d'Alexandria (Apologie contre les Aryens, XXV), il
s'est trouvé parmi d'autres "bons
chrétiens, comme Silvestru et Protagenes de la Dacie [sud-danubienne–
n. n.]".
En ce qui concerne Wulfila7,
on a mis la question s'il a été adepte du christianisme universel, ayant en vue
les conditions historiques, les Gothes aryens, etc.
Philostorgios, dans L'histoire de l'Église, II, 5, a affirmé
que le missionnaire du sud du Danube a été "ordonné prêtre par Eusebiu (de Nicomedia de l'Antiohia) et par les
évêques qui se trouvait avec lui – évêque des chrétiens du pays gothique"
– donc non pas d'un seul peuple du pays, mais de tous les chrétiens. Sozomenos
(L'histoire de l'Église, VI, 7, 8) a
été celui qui a expliqué que Wulfila, "après
une visite à Constantinople, dans l'Empire, s'est converti à l'arianisme".
C'était la période quand,
bien que l'arianisme eut été codamné, des empereurs comme Constantius (337-361)
l'ont encouragé, et sur Valens (364-378) on sait qu'il avait été chrétien
aryen, chose confirmée aussi, plus tard, par des historiens comme Iordanes (Getica, XXV).
Wulfila, évêque des
chrétiens du pays des Gothes a propagé aussi parmi les autochtones daco-romains,
car son disciple, Auxentius, qui a été pour un temps évêque à Durostorum (Lettre sur la croyance, la vie et la mort de
Wulfila), affirmait qu'à gauche du fleuve son mentor a déroulé son activité
"pendant 40 ans sans interruption
dans les langues grecque, latine et gothique" et qu'il "a laissé après lui, dans ces trois langues,
plusieurs traités et une multitude de commentaires". Il n'y a aucun
doute que dans le "pays des Gothes" les autochtones étaient ceux qui
comprenaient la langue latine. L'activité
de l'évêque missionnaire a mis en danger même l'autorité d'Athanaric. La
situation créée a été le mieux présentée par Socrate le Scolastique (L'histoire
de l'Église, IV, 33, 7): "Parce qu'il propageait le christianisme non
seulement parmi les barbares trouvés sous l'autorité d'Athanaric, celui-ci a vu
sa croyance ancestrale périclitée et a soumis à sa vengeance beaucoup de ceux
qui devenaient chrétiens. De cette manière les barbares, adeptes d'Arius,
sont devenus martyrs".
Nous pourrions y ajouter éventuellement qu'Athanaric voyait son autorité mise
en danger aussi parce que Fritigern,
l'autre dirigeant visigothe, était chrétien aryen.
La persécution commencée
par Athanaric a obligé Wulfila de fuir au sud du Danube, mais les contacts avec
le pays des Gothes ont continué. Il est
resté un intermédiaire entre les Gothes
et l'empéreur Valens (Theophanes Confessor, Cronographia). La traduction de la Bible a déterminé les auteurs de l'époque d'écrire sur lui avec
admiration, consignant cet événement
(Auxentius, Lettre sur la croyance...; Philostorgios, L'histoire de l'Église, II, 5; Iordanes, Getica;
Socrate Scolasticul, L'histoire de
l'Église, IV).
La traduction de la Bible
(sauf "Les Rois" – les Gothes étant assez guerriers, dans l'opinion
de l'auteur) est devenue possible seulement dans le contexte des contacts avec
le monde civilisé, dans la culture et spiritualité duquel il s'est intégré même
du temps quand il était traducteur des messagers gothes.
Toujours au temps
d'Athanaric font référence les six pages de l'écriture Les souffrances de Saint Nichita (Analecta Bolandiana, XXXI), d'où nous apprenons aussi que celui-ci,
tout comme Wulfila, "a été initié
par l'évêque Teofil, qui a pris part aux synodes de Niceea et Constantinople".
Le Saint Nichita a été un autochtone du gauche du Danube du moment que sur lui,
dans Le sinaxaire de l'Église de
Constantinople (sept., 15, 24-30), on note qu'il a été "né et élevé dans le pays des barbares nommés
Gothes, au-dela de l'Istru".
Dans cette période on peut
faire référence au diocèse de Tomis9, sur le territoire duquel on a
découvert, pour les IVe et Ve siècles, une série de
nécropoles dont l'inventaire est spécifique pour le passage du paganisme à la
nouvelle religion: de divers objets, de petites lampes, puis des vaisseaux pour
des substances parfumées etc.
Les cruches, les verres et
les amphores trouvées, même si les unes ont inscrits des souhaits païens, les
autres font référence à "l'eau de la
vie", donc elles ont, sans équivoque, un caractère chrétien10.
Ce diocèse a été,
peut-être, l'un des plus importants centres de propagation du christianisme,
ayant en tête des évêques comme Bretannion11, dont Sozomenos disait
que Valens même a essayé, sans succès, de déterminer à passer à l'arianisme (L'histoire de l'Église, IV, 21). Un
autre évêque que nous voudrions mentionner a été Theotimus, admiré pour sa
vertu même par les barbares huns (Sozomenos, L'histoire..., VI, 28). En tout cas, il paraît que ce diocèse a été
élevé plus tard au rang d'institution métropolitaine12, où les
"moines scythes" étaient
très appréciés.
Le nombre croissant des
évêques est dû aussi au fait que dans des périodes troubles ceux-ci se sont
substitués à l'autorité civile. Cela représentait plus qu'une forme
d'organisation populaire.
Les évêques missionnaires,
sans avoir un certain diocèse, ont eu un rôle important; par leur position et
leur situation, ils étaient plus proches du peuple. En général, les évêques se
sont substitués aussi à l'autorité publique, comme nous disions ci-dessus. Par
exemple, Wulfila a été ordonné "évêque
des chrétiens du pays gothique. Il avait soin aussi de leurs autres problèmes"
(Philostorgios, L'histoire..., II, 5)
et a employé la langue latine au nord du Danube. En fait, dans les territoires
habités par des populations romaines (voir Novella XI), la langue latine a pris
vite la place de la langue grecque.
Auxentiu de Durostorum, le
disciple de Wulfila, chassé par l'empéreur Theodosiu, trouve à Mediolanum une
protectrice dans l'impératrice aryenne Justina, qui lui offre un deuxième
épiscopat. Ici il a redigé "Disertatio
Maximi contra Ambrozium"13, qui comprend aussi Lettre
sur la croyance, la vie et la mort de Wulfila. Cette oeuvre prouve déjà des déviations phonétiques, morphologiques et
syntaxiques du texte vers le latin populaire du Danube, comme, par exemple:
– le passage de
la diftongue "ae", de temps en temps, à "e", qui doit avoir été prononcé ainsi: predicator, universe, creatura, memorie, saepe, à côté de: graecum, beate, memoriae, Romaniae etc.;
– le remplacement de "b" avec "v":
passiviliter, incorruptivilitas,
immovilis, immoviliter, et inversément: parbam,
sibe, laborabit, vibere, varvarico – l'archaïque roumain varvar etc.;
– la tendance du groupe consonantique "bt" vers "pt": scripturis, descriptisse,
scripturarum;
– on trouve souvent Cristus au lieu de Christus,
cristiani au lieu de chrestiani, ce qui prouve l'évolution
visible vers le latin arrière-roumain;
– dans la syntaxe on a observé la préférence
pour les constructions analytiques et pour la topique plus ou moins fixe, avec
un commencement d'indépendance envers la flexion nominale – ainsi, à
l'accusatif avec infinitiv du latin classique on préfère ici la subordination
conjonctivale à l'aide des conjonctions quia
et quod;
– on apprend aussi du texte de Maxim-Auxentius
les termes: basilica (roum. biserică), scribture (roum. scriptură),
ora avec le sens de montre (roum. oară)14.
Les systèmes
philosophiques grecs et romains ont apporté leur contribution à la propagation
du christianisme en se prouvant supérieurs aux vieilles religions politéistes15,
mais ils ont montré à leurs contemporains l'incapacité de la raison humaine
d'arriver à Dieu. L'espérance messianique chrétienne était — elle-aussi,
supérieure aux aspirations nationalistes romaines. Le chessianisme et le
sacrifice de rachat qui se trouvaient au centre de la doctrine chrétienne16,
la vision eschatologique propre, toutes l'ont fait supérieure aux autres
religions. Au IVe siècle, Constantin le Grand s'est rendu compte du
rôle important que le christianisme pourrait jouer dans le maintien de l'unité
de l'Empire, menacée de l'extérieur mais aussi de l'intérieur, par les
tendances centrifuges des peuples17. Theodoce I (379-395) et Gratian
(376-383) à l'ouest et à l'est, ont été les premiers empereurs qui ont renoncé
au titre de "pontifex maximus"
et, de leur temps, le christianisme est devenu religion d'État18.
Dans la deuxième moitié du
IVe siècle, l'hérésie aryenne a provoqué de grands problèmes à
l'église chrétienne, en particulier en Illyricum, où les Aryens ont essayé de
dominer sur les conceptions dogmatiques des autres clergés. Les empereurs
Gratian et Valentinian à l'ouest ou Theodoce le Grand à l'est ont été ceux qui
se sont élevés contre l'aryénisme, avec des arguments offerts par les Saints
Basile le Grand, Grigore de Nice et en particulier Ambrosie de Milan. La
préfecture d'Illyricum est devenue sujet de dispute entre Rome et
Constantinople19.
Dans cette ambiance de fin
du IVe siècle, a vécu au sud du Danube l'évêque Nicetas de Remesiana
(dans le voisinage de Naissus). Dans l'historiographie, sa personnalité, mais
en particulier, son activité, sont controversées. Ainsi, les coryphées de
l'École Transylvaine lui ont attribué le baptême des territoires nord-danubiens20,
en le confondant avec le Saint Niquita, martyrisé pendant la persécution
d'Atharique. Mais les documents nous montrent que celui-ci a été un autochtone
du nord du Danube (puisque dans le
"Sinaxaire de l'Église de
Constantinople", septembre, 15, 24-30, on note qu'il a été "né et élevé dans le pays des barbares,
nommés Goths, de l'autre côté de
l'Istre". Les six pages de l'écriture "La souffrance de Saint Niquita" (Analecta bolandiana XXXI)
montre que celui-ci, tout comme Wulfila,
"a été initié par l'évêque Teophil,
qui a pris part aux synodes de Nicée et Constantinople". Les
informations apprises sur le Saint Niquita et la période quand il a été
martyrisé nous empêchent de le confondre avec Nicetas de Remesiana.
Des auteurs de nos temps,
comme Radu Vulpe ou Ion Coman, ont attribué à Saint Nicetas le rôle d'apôtre
des Daco-romains; Vasile Pârvan21 considère que l'existence des
chrétiens avant 270 était une nécessité logique-historique, et que Nicetas de
Remesiana était l'un des missionnaires de plus tard. Dans ce sens, Nicolae
Iorga22 affirme que son rôle a été exagéré, en particulier dans une
"Dacie sans organisation et
hiérarchie ecclésiastique". Mircea Pãcurariu23 soutient
qu'entre Remesiana et Le Danube il y avait en plus quelques autres sièges
épiscopaux (Aquae, Ratiaria, Castra Martis et Oescus), et c'est naturel que les
missionnaires viennent de ceux-ci, conformément aux canons ecclésiastiques;
c'est une idée que nous trouvons aussi chez I. D. Suciu24, qui
arrive à la conclusion qu'il ne s'agit pas du territoire du Banat, en ce qui
concerne l'activité de Saint Nicetas; D. M. Pippidi25 encorage
l'analyse correcte des textes et de la situation d'ensemble du christianisme à
la fin du IVe siècle. La conclusion26 est que le Saint
Nicetas n'aurait fait pâtre que les Daces passés à la droite du Danube, après
la retraite d'Aurelianus et les Gothes venus ici après la persécution
d'Atharique.
En conséquence, nous
constaterons que des informations de Saint Nicetas nous transmet Guenadie de
Marseille ("De viris
ilustribus" XXII) et, en particulier, Paulinus de Nola ("Des lettres" XXIX, 14). Celui-ci
laisse comprendre qu'il a été visité en Italie, au moins deux fois par l'évêque
de Remesiana, la deuxième fois probablement pour lui présenter les résultats de
sa mission. Dans "Le poème"
(XVII, 17) dédié à Nicetas il affirme clairement: "tu iras au loin, jusqu'aux ? du nord", donc il ne se réfère
pas à son épiscopat.
En ce qui concerne la
situation d'ensemble du christianisme, jusqu'à la fin du IVe siècle,
elle a été présentée ci-dessus, tant pour les territoires nord-danubiens que
pour l'Empire Romain d'Est et d'Ouest, où le christianisme est devenu religion
officielle. Quant aux Daces qui seraient passés à la droite du Danube, après la
retraite d'Aurelianus, on peut considérer qu'attendre un siècle, donc quatre ou
cinq générations jusqu'à leur baptême, quand entre temps même dans le nord du
Danube ont prêché tant de missionnaires venus des coins lointain de l'Empire:
Capadoquia ou même Mésopotamie (Epiphanios, "Contre les 80 hérésies", 70, 1, 1), c'est trop dit. Paulinus
de Nola affirme aussi clairement que l'évêque Nicetas ira aux Daces du Nord et
pas contrairement.
Il est parfaitement vrai
que les Goths aryens persécutés par Atharique sont passés comme Wulfila à la
droite du Danube. Une série d'auteurs d'époque se réfèrent à la persécution
d'Atharique: Auxentius de Durostor dans "Lettre sur la foi, la vie et la mort de Wulfila"; Socrates le
Scolastique dans "L'histoire
ecclésiasitique", IV, 33, 1; Theophanes Confessor, "La chronographie", l'année 5869,
"Analecta bolandiana",
"Acta Sanctorum" etc. Là où
les documents littéraires existent et sont clairs, ils ne doivent pas être
interprétés autrement.
Pendant que pour les Daces
qui seraient passés à la droite du Danube on aurait attendu un siècle jusqu'au
baptême, les Goths aryens venus ici ont été amenés à la bonne foi immédiatement
qu'ils sont arrivés dans l'Empire. La contribution de Nicetas de Remesiana n'a
pas été probablement plus grande dans ce sens, que celle des autres évêques de
la zone. Mais les Goths y venus ont été ramenés à l'orthodoxie par rapport à la
description faite par Theodoretos de Cyros, dans son oeuvre "L'histoire ecclésiastique", III, 30, 1. Ici l'auteur notait sur Theodoce que
celui-ci "en voyant le grand nombre
de Scythes pêchés par le filet de pêche aryen, il inventa lui aussi des moyens
pour en lutter contre, et il trouva un chemin de pêcher. En posant en avant de
prêtres qui parlaient la même langue, comme ceux-ci, des diacres et ceux qui
lisaient les divines prophéties, leur donna une seule église et par eux, captiva
beaucoups de ceux qui ont été perdus (V, 30, 2), lui-même venant fréquemment là
(l'église de la colonie gothique de Constantinople), prononçait des discours
ayant comme interprète l'un de ceux qui connaissaient les deux langues".
Cette solution nous la considérons être la plus correcte dans le problème du
baptême des Goths aryens venus dans l'Empire, à cause de la persécution
d'Atharique. C'est consigné dans les documents, tenant compte en particulier de
plusieurs facteurs, comme la langue des Goths, etc.
Revenant au problème de
l'évêque de Remesiana, nous devons montrer qu'un spécialiste dans l'histoire de
l'église comme Mircea Păcurariu27 fait appel au canon numéro
deux du Deuxième Synode qui prévoyait à ce que "les évêques n'étendent pas la jurisdiction sur d'autres églises à
l'exception de leur diocèse" et aussi autres canons qui les arrettent
d'exercer leur pouvoir de sanctification, sur des territoires étrangers —
canons adaptés aux Synodes d'Antiohia, Sardica et Cartagyne. Mais le même
auteur présente aussi quelques unes des mésententes et des rivalités qui ont
généré les synodes, les problèmes de dogme, les divergences. On doit montrer
qu'il se réfère aussi, dans un autre chapitre de son oeuvre, aux essais de Rome
pour s'imposer au moins en Illyricum; à la suite de divers conflits, à peine en
437 l'Illyricum a été perdu définitivement par Rome, mais, quand-même, en 531
un évêque Theodoce présentait des copies des documents, d'une improbable
authenticité, qui prévoyaient les droits de Rome en Illyricum Oriental.
Dans la tradition
ecclésiastique28 s'est perpétuée l'idée conformément à laquelle l'évêque
de Rome, descendant de Saint Pierre, devait detenir le primat devant les autres
évêques. En opposition avec cette idée, est venue une autre, conformément à
laquelle le Saint André a fondé l'évêque de Constantinople, avant de celle de
Rome. Il y a de nombreuses opinions sur les provinces christianisées par le
Saint Apôtre André29; les unes ne peuvent ne pas être prises en
considération: un seul exemple: les absurdes prétentions russes basées aussi
sur "La chronique de Nestor",
V, qui fait de Saint André l'apôtre de Novgorode. D'autres, en conformité à la
vérité, sont rédigées par des auteurs de l'époque: Origene, "Des commentaires à la Genèse", III,
Hypolite le Romain, "Sur les douze
apôtres", Eusèbe de Césarée, "L'histoire
ecclésiastique", Épiphane, "La
vie, les faits et la fin du Saint et loué Apôtre André, le premier appelé".
Aussi le "Sinaxaire de l'église de
Constantinople" garde deux variantes de "La Souffrance de Saint André", un problème duquel s'est occupé
en particulier le chercheur Ion Coman30. Toutes celles-ci
soutiennent le primat des descendants de Saint André31 sur les
descendants de son Frère. La tradition s'est perpétuée le long des siècles, la
mieux évidenciée étant même au XIIIe siècle, quand Nil Doxopatris,
dans "Les Formes des Sièges Evêcheques",
une chronique commandée par Robert de Sycelle affirme la même chose. Les
documents littéraires sont bien sûr beaucoup plus riches et nombreux et nous en
retenons seulement l'idée du primat de Constantinople, mais si nous revenons à
l'époque de Nicetas de Remesiana, nous observons que la dignité de patriarche à
l'église n'était pas encore reconnue, cette chose s'est passée à peine au
quatrième synode de Calcedon en 451.
Dans ce contexte nous
pouvons supposer que l'évêque de Remesiana a visité l'Italie aux certains buts,
sa position étant beaucoup plus rapprochée de Rome que de Constantinople. Une
preuve de plus est constituée par les six livres d'enseignement "Libelli instructiones" sur lesquels
nous informe Guenadie de Marseille dans "De viris ilustribus". Ils sont écrits en latin et non pas en
grec, tout comme cent ans plus tard Novella XI, élaborée au temps de Justinian
et relativement à la fondation de la préfecture d'Illyricum et de l'archevêché
Justiniana Prima, est la seule Novelle en latin. "Libelli instructiones", en
nombre de six, ont été publiés, tant qu'ils se maintiennent en bon état, par
Klaus Gamber à Regensburg et étudiés par Ion Coman32. Dans une
région, sur laquelle les auteurs parlent d'un christianisme à un caractère
occidental. Nicetas de Remesiana engageait les barbares conformément à celles
écrites dans "Libelli instructiones"
de "chanter Christ avec coeur
romaine". "Libelli
instructiones", tant pour leur contenu que pour les problèmes tenant
de l'évolution de la langue dans laquelle ils ont été écrits, ont constitué
jusqu'aujourd'hui l'objet de quelques recherches détaillées33.
Relatif à leur auteur, Paulinus de Nola affirme en outre ("Le poème", 215): "maintenant le besse plus riche par la valeur
de son travail / se dresse; l'or qu'il cherchait / avant, à la main dans la
terre / il le ramasse maintenant avec la raison, de ciel". Nous ne
doutons pas sur le fait que l'évêque de Remesiana a été un bon dirigeant
spirituel des besses du sud du Danube. Sur eux, Paulinus de Nola affirmait
séparément ("Le poème",
205): "voilà que les besses,
impétueux comme les moutons, et sous ton conseil / se bousculent vers le
demeure de la paix". L'activité de l'évêque Nicetas parmi les besses,
renommés comme brigands, mais aussi comme mineurs avec expérience, aura été fructueuse: "les montagnes inaccessibles, avant sauvages
/ défendent maintenant des brigands transformés en moines" ("Le poème", 220).
Dans une histoire de la
littérature latine, Eugen Cizek34 affirme que "Nicetas de
Remesiana contemporain avec Augustin, vivant entre 335-340 et 414-415, a
déroulé une intense activité missionaire comme prêtre et évêque, sur les deux bords du Danube". Vasile V. Muntean35
considérait que "Sinon Nicetas lui-même, alors ses apprentis" ont
prêché la gauche du Danube étant en accord avec des autres chercheurs comme Ion
Coman36 ou Ştefan Alexe37.
Nous considérons que le
contexte dans lequel a activé l'évêque de Remesiana constitue un argument de
plus en faveur de sa mission au Danube.
Aucun des évêques de la
Dacie Ripensis et la Dacie Méditerrannée (où se trouve Remesiana) n'a pas
visité l'Italie au but d'aller ensuite en mission jusqu'aux Daces du nord. Il
est très possible aussi qu'au début du IVe siècle le Banat soit
encore sous le gouvernement romain, et certains chercheurs posent l'oeuvre de
missionnarisme de Saint Nicetas en rapport avec ce fait38. De toute
manière, Paulinus de Nola ("Le poème",
205) affirme "tous les territoires
du nord te nomment: père". On connaît le fait que, dès l'antiquité,
les régions du nord, en particulier quand on fait référence au Danube, désignent
les territoires de la gauche du fleuve et par correspondance, ceux du midi se
réfèrent aux territoires du sud du Danube39. Nous soulignons aussi
le fait que la langue latine a aidé au succès de l'action de Nicetas de
Remesiana.
En conclusion, on peut affirmer
que le problème de la diffusion du christianisme a été moins étudié à cause des
étroits intérêts politiques40 étrangers. Sur Nicetas de Remesiana,
l'un des grands missionnaires du christianisme de langue latine au nord du
Danube, on affirme de plus en plus, à l'esprit de la vérité historique, qu'il a
posé une pierre à l'édifice de la Spiritualité du peuple roumain, dont les
valeurs perpétuées le long des siècles ont signifié la perpétuation même du
peuple.
N O T E S
1.
M. Păcurariu,
Istoria Bisericii Ortodoxe Române,
vol. I, Bucureşti, 1992, p. 87.
2.
I. Rămureanu, Sfântul Irineu, episcop de Sirmium, dans Studii teologice, l'an XXVII, 1975, p. 204-212.
3.
M. Păcurariu, op. cit., p. 86.
4.
N. Vornicescu, Scrieri străvechi la Dunărea de Jos. Despre
"Pătimirea Sfinţilor Epiclet şi Astion" scrisă în
cetatea Halmyris la cumpăna secolelor III-IV, dans Academica. Revistă de
ştiinţă, cultură şi artă, Bucureşti,
1999, nr. 5, p. 14-15; nr. 6, p. 14-15.
5.
Ibidem.
6.
P. Diaconu, Unele aspecte ale relaţiilor dintre bisericile din Dobrogea
şi Paphlagonia, dansTomis,
1996, 31, nr. 6, p. 13; D. Coravu-Severineanu, Scrisori ale Sfântului Vasile cel Mare şi Epistola Bisericii
Goţiei către Biserica din Capadochia – izvoare importante pentru
Istoria Bisericii Române, dans Mitropolia
Olteniei, Craiova, 1996, 48, nr. 1-2, p. 20-31; voir aussi N. Zugravu, Păgâni şi creştini în
spaţiul extracarpatic în veacul al IV-lea, dans Anuarul Institutului de Istorie "A. D. Xenopol", XXXIII,
1996, p. 119-132 (Ière partie) et XXXIV, 1997, p. 295-300 (IIe
partie).
7.
E. Popescu, Christianitas Daco-Romana. Florilegium studiorum, Bucureşti,
1994, p. 164: concernant la conversion; p. 168-170: il a propagé entre 336, 338
ou 341 et 348 a. Chr.
8.
N. Dănilă, Începuturile traducerii Sfintei Scripturi pe teritoriul României:
Biblia lui Ulfila, dans Cultura
creştină, Blaj,1996,2,nr.1, p. 24-29
9.
Des détails sur le Diocèse de Tomis dans N. Iorga, Istoria
Românilor, vol. II, Bucuresti, 1992, p. 92; M. Păcurariu, op. cit., p. 141-158, N. Zugravu, Geneza crestinismului popular al românilor,
Bucuresti, 1997, p. 234 et les suivantes; E. Popescu, op. cit., p. 235 et les suivantes; Idem, Bizanţul
şi creştinarea Europei de sud-est şi de est, dans Studii teologice, 42,
1999, p. 94-95 etc.
10.
N. Zugravu, op. cit., p. 252; p. 368.
11.
T.
Diaconescu, Personalitatea şi opera
Sfântului Bretannion, episcopul Tomisului, dans Noua Revistă Română, 1997, 2, nr. 1-2, p. 192-195.
12.
N. Zugravu, op. cit., p. 368.
13.
La querelle avec le Saint Ambrozie
s'est déclanchée parce que celui-ci était un grand adversaire de l'arianisme.
14. voir en ce sens I. Stoian, Auxentiu
de Durostorum (veacul al IV-lea), Bucureşti, 1938, apud I. Rotaru, O istorie a literaturii române, vol. I,
Galaţi, 1994, p. 31 et les suivantes.
15.
Earle E. Carins, Creştinismul de-a lungul secolelor. O istorie a bisericii
creştine, trad. B.E.E. Internaţional, Dallas, X, 1992, p. 36.
16.
Victor Kernbach, Biserica în involuţie, Bucureşti, 1984, p. 199; Josep
Mitsuo Kitawaga, În căutarea
unităţii. Istoria religioasă a omenirii, Bucureşti,
1994, p. 112-114; Earle E. Carins, op.
cit., p. 35-36 etc.
17.
Nicolae Iorga, Istoria vieţii bizantine. Imperiul şi civilizaţia
după izvoare, Bucureşti, 1974, p. 61 ff.
18.
Enciclopedia civilizaţiei romane,
coord. D.Tudor, Buc., 1982, p. 234 ff.
19.
Mircea Păcurariu,op. cit. , p. 122-124.
20.
Ibidem, p. 132.
21.
Vasile Pârvan, Contribuţii epigrafice la istoria creştinismului daco-român,
Bucureşti, 1911, p. 74.
22.
Nicolae Iorga, op. cit. , p. 95; concernant V. Pârvan, op. cit.
23.
M. Păcurariu, op. cit.
24.
I. D. Suciu, Monografia Mitropoliei Banatului, Timişoara,1977,p.30-31
25.
D. M. Pippidi, Contribuţii la istoria veche a României, Bucureşti, 1967,
p. 497-516.
26.
M. Păcurariu, op. cit., p. 133.
27.
Ibidem, p. 138-139.
28.
Pour les deux variantes de "La Souffrance
de Saint André", voir Ion Rămureanu, Sfinţi români şi apărători ai legii
strămoşeşti, Bucureşti, 1987, p. 104 ff.
29.
Ion Coman, dans Scriitorii bisericii în epoca străromână, Bucureşti,
1979, p. 133 présente les six livres d'enseignement "Libelli instructiones" pour les candidats au baptême, en soulignant
la langue latine simple et claire dans laquelle ils ont été écrits.
30.
Ibidem.
31.
Nicolae Grudea, Ioan Ghiurco, Din istoria creştinismului roman.
Mărturii arheologice, Oradea, 1988, p. 23.
32.
Ion Coman, op. cit., p. 133 ff.
33.
Enciclopedia arheologiei şi istoriei vechi a României, coord. Constantin Preda, vol. I, Bucureşti, 1994, p. 177.
34.
Eugen Cizek, Istoria literaturii latine, vol. II, Bucureşti, 1994, p. 807.
35.
Vasile V Muntean, Contribuţii la istoria Banatului, Timiş. ,1980,p.51
36.
Ion Coman, "Aria misionară a
Sfântului Nicetas de Remesiana", dans Biserica
Ortodoxă Română, nr. 1942, p. 356.
37.
Ştefan Alexe, Sfinţi români apărători ai legii
strămoşeşti, Bucureşti, 1987, p. 208 ff.
38.
Ibidem.
39.
Par correspondance à celle du midi,
"les premières attestations dans ce sens nous les trouvons dès les VIe-Ve
siècles a. Chr.: Hecateu, 170 (crobycles: nation au midi d'Istre), 171
(trydes: nation au nord d'Istre); sur le Danube Esquel, de la même période
(fr., 73): L'istre d'hyperboréens et depuis les montagnes de Ripe, descend —
ces montagnes s'allongeaient selon la conception des antiques d'Ural jusqu'à la
Britannie.
40.
En conformité avec Priscus Panites (Izvoarele istoriei Romanilor, vol. VIII,
p. 95, 105) Ausons rencontrés par lui, ici, autochtones, servaient comme
interprètes entre les Huns et les Romains.